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EskaWorld

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Culturellement indépendant


Downton Abbey, une fresque du début du siècle

Publié par Eska sur 20 Février 2017, 11:37am

Catégories : #Cinéma

Downton Abbey

Julian Fellowes

2010-2015

Je voyais souvent passer les coffrets DVD de cette série qui semblait plaire à pas mal de monde. Pourtant, les visuels ne me plaisaient pas. A première vue, je voyais ça comme une sorte de Dallas version anglaise, un peu pompeux et aux rebondissements redondants et sans grand intérêt. Mais malgré tout, je me suis laissé tenter pour mieux juger. C'est là que je suis tombé sur une très, très belle surprise ! C'est un véritable marathon auquel je me suis livré depuis le début du mois de février en enchaînant les 6 saisons de 9 épisodes.

La série nous invite découvrir les événements survenus entre 1912 et 1925 à Downton Abbey, une vaste demeure transmise de génération en génération au premier héritier masculin de la famille Crawley. Mais en 1912, l'héritier désigné disparaît dans le naufrage du Titanic, mettant en péril tout le patrimoine de la famille. La série se poursuit durant une décennie, montrant les évolutions nécessaires de la famille Crawley afin de conserver son domaine au fil des événements.

Le succès de la série tient en partie des nombreuses histoires qu'elle nous raconte. D'un côté, nous suivons les événements qui touchent la famille Crawley, de l'autre, ceux des domestiques qui gèrent la maison. Chacune des parties et ancré dans un cadre stricte qu'il est difficile de modifier. La famille ne peut par exemple transmettre le domaine à ses héritières directes et sont contraints de contacter un cousin très éloigné ne faisant plus partie de l'aristocratie de l'époque. Côté domestique, l'organisation est aussi très rigide et nous permet de découvrir les différentes classes existantes au sein même de cette classe populaire. Le majordome dirige l'équipe composée de plusieurs valets (valets de main pour servir, valets de pied et femme de chambre pour assister directement les membres de la famille.), les cuisinières et le personnel de passage (que l'on voit régulièrement passer mais dont on ne connaît pas l'histoire, ni même le nom)

L'écriture de la série tient vraiment bien la route en ce sens que ce qui touche les uns finit par toucher les autres. Certains événements majeures dureront même tout au long de la série. Dans tous les cas, les deux sont pleinement ancrées les unes aux autres et il émouvant de voir que l'aspect humain réside malgré tout au coeur de ces règles fixes. La famille vivant dans le luxe prend partie à de nombreuses reprises pour ses domestiques qui, eux, font tout leur possible pour assurer le prestige de la maison auprès des invités. Il y a tellement d'histoires à raconter à Downton Abbey qu'il serait vain de tous les citer ici. Mais au fil de la série, on sent que les rebondissements perdent en intensité. Ce qui a touché des personnages durant plusieurs saisons finit par trouver son accomplissement en plein milieu d'un épisode sans pour autant que cela soit un événement en soit. Si l'on devait traduire cela par un encéphalogramme, on verrait tout de suite que les chutes ne sont pas aussi poignantes que les climax. Cela est un peu dommage, et même si l'on est satisfait, c'est quelque part une perte qui se transmet.

L'évolution de la série est fortement marquée par cela. Et l'on se sent même trahi en plein milieu de celle-ci, lorsque le conte de fée auquel on nous faisait enfin croire s'annule d'un événement inattendu. Il m'a été difficile de poursuivre à ce moment-là car je n'y croyais plus. On me donnait à voir un monde où les problèmes pouvaient être résolus et la vie poursuivre son cours dans un bonheur certain et puis, soudain, on m'enlève tout. J'ai d'ailleurs eu l'impression que la série se cherchait après cela, comme si elle-même avait du mal à redémarrer. On sent un essoufflement qui se traduit par un plus grand intérêt pour développer l'histoire des domestiques que ceux de la famille Crawley qui s'est habituer bien vite au changement.

Mais malgré tout, on apprécie d'aller jusqu'au bout. Car les personnages sont touchants, vraiment touchants. Tous ont un caractère différent et se complètent ainsi parfaitement. Le couple Bates est un modèle de confiance entre un homme et une femme, Carson et Mrs Hughes un modèle de respect mutuel, et il y a même des personnages que l'on se plaît à détester, que ce soit Anna, la fille aînée des Crawley ou Barrow, le valet homosexuel qui multiplie les sournoiseries. Ces personnages sont la véritable force de la série et après avoir suivit leurs aventures durant plus d'une décennie, on est triste de les quitter, d'autant que l'on sait que certaines histoires sont enclenchées mais dont on ne connaîtra pas l'issue au final. Un bon moyen pour nous laisser rêveur d'un monde meilleur.

Je pourrais encore parler pendant des heures de cette série, sur l'aspect historique qui vient ancrer le récit dans le réel (le naufrage du Titanic, la Première Guerre Mondiale, l'arrivée des nouvelles technologies de l'époque, etc.) ou encore sur le personnage de la comtesse douairière de Grantham, incarnée par Maggie Smith qui nous offre un personnage à la fois sévère et touchant, pince-sans-rire et blessant, des airs faussement choqués comme elles seules sait les faire. On sent qu'elle a pris énormément de plaisir à incarner son personnage et à lui donner vie. Je pourrais aussi parler de leur situation. La famille vit à la campagne, elle se contente de gérer ce qu'elle possède mais elles multiplie aussi les allers-retours entre leur campagne et Londres qu'ils doivent sans cesse rejoindre par le train. Un peu à la manière des habitants de la banlieue parisienne, qui doivent sans cesse se rendre à la grande ville par les transports en commun. Un parallèle fort intéressant je trouve.

En bref, Downton Abbey est une série vive, passionnante et très drôle. Elle secoue énormément, provoquant aussi bien les larmes de tristesse que de joie, elle met mal à l'aise aussi bien qu'elle rend heureux. Elle ne fera sans doute pas date dans l'histoire des série mais une chose est sûre, je suis aujourd'hui ravi d'avoir une fois encore laissé de côté mes préjugés pour découvrir cette belle oeuvre. Et bien sûr, je ne vous recommande que la VO pour la saveur des intonations qui donnent un plus indispensable à la série.

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