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Culturellement indépendant


Des abeilles et des hommes

Publié par Eska sur 24 Mars 2017, 23:54pm

Catégories : #Cinéma

Des Abeilles et des Hommes

More Than Honey

Markus Imhoof

2012

Je me souviendrais toujours de cet essaim installé dans un gros arbuste du jardin quand j'avais 10 ans. Mes parents m'avaient déconseillé de m'en approcher le temps que les pompiers interviennent. En réalité, ce n'était pas des abeilles mais des guêpes. A cette époque je ne faisais pas la différence. Et les abeilles étaient pour moi un de ces insectes nuisibles à la sérénité de la terrasse estivale, des apéros et autres barbecues au soleil. En réalité, elles sont tout sauf nuisibles, et si nos actions annuelles nous conduisent à en tuer un petit nombre sans conséquences, les actions à grandes échelles pour toujours plus de rendements conduiront très probablement à l'une des catastrophes écologiques les plus conséquentes !

Ce documentaire nous conduit au quatre coins du monde pour nous montrer l'utilité des abeilles et leur utilisation par les apiculteurs. Pourtant, depuis quelques années, les abeilles disparaissent et nul ne sait comment éviter le pire. Tour d'horizon.

Je suis assez mitigé par ce film dont on entend tant parler. En fait, il aborde surtout le rôle des abeilles et la manière dont l'Homme les dresse (entre la création de colonies, leur utilisation dans la pollinisation industrielle, etc). On aborde des problèmes effectivement conséquents comme les maladies et parasites qui conduisent à la destruction totale d'une colonie et qui sont souvent causés par les voyages et mélanges d'une colonie avec une autre. En ce qui concerne les pesticides en revanche, si on les pointe du doigt, on se garde bien d'accuser qui que ce soit ! Oui, les abeilles meurent mais il faut bien que la production se fasse, non ?
 
Les interventions sont, somme toute, assez fantasques, entre le capitaliste aux centaines de ruches qui tient un discours mi-préoccupé, mi-je m'en foutiste, le vieil homme qui "punit" sa reine qui est allée se faire féconder par le mâle d'une autre espèce d'abeille (conduisant alors un métissage qui pourrait briser ses races pures), les apicultrices qui cultivent des reines pour les expédier par la poste, les chercheurs qui mettent des balises pour suivre le trajet des éclaireuses, les scientifiques qui développent de nouvelles espèces, le producteur local qui prétend avoir été piqué 250 000 fois par des abeilles africanisées, sans oublier les chinois qui, à défaut d'avoir des abeilles, font tout le travail de pollinisation eux-même en récoltant le pollen des fleurs pour les revendre ensuite.
 

Ces profils plus que variés nous montrent plusieurs facettes du rôle des abeilles dans la nature. Ce qui est étrange, c'est que le capitaliste se montre plus soucieux de la disparition générale des abeilles que le vieux producteur de miel "bio". Il faut dire que tous n'ont pas forcément le même traitement, ni le même temps de parole. La plupart d'entre eux évoquent leur lien très fort avec les abeilles qui leur vient de leur parent ou grand-parent, laissant parfois croire qu'on ne devient pas apiculteur, on naît ainsi.

Si un certain nombre de problèmes sont évoqués, je reste un peu déçu de ne pas avoir de clés sur ce qu'il convient de faire pour protéger les abeilles. Il semblerait d'ailleurs qu'on ne puisse rien y faire. Si apprendre à trier ou gaspiller moins de ressources est un geste à inscrire dans notre quotidien, celui de préserver les abeilles reviendrait aux producteurs de fruits et légumes. Moins de pesticides = moins de destructions de colonies, donc plus d'abeilles et moins de déplacement. J'ai l'impression aussi qu'on ne parle pas des abeilles en Europe. Un pays comme le nôtre n'aurait-il pas de soucis ? J'en doute ! Si les abeilles africaines sont évoquées, le frelon asiatique, capable de terrasser à lui seul une colonie de plusieurs centaines d'abeilles, est totalement absent du film. Dommage.

Si vous mettez la main sur le DVD, je vous invite à poursuivre le documentaire par les scènes coupées. Huit chapitres assez rapides qui apportent quelques informations et anecdotes supplémentaires, bien plus intéressantes que le pauvre making of de moins de 2 minutes qui montre comme ils ont film l'intérieur d'une ruche en studio. Dommage, il y aurait eu tellement de choses à montrer ici. (Sauf les scènes ratées de ces abeilles filmées en gros plan en vol et qui donnent l'impression que le vol du bourdon de Chérie, j'ai rétréci les gosses de Joe Johnston en 1989 était plus crédible.) (Pas de doute, il l'était !)

Au final, Des Abeilles et des Hommes est un documentaire intéressant mais qui survole les problèmes sans donner de solutions. Un film qui laisse un certain goût amer malgré l'espoir qu'il tente de laisser. Au final, le problème se réglerait naturellement... ou pas. Dans tous les cas, ce sera à nous d'écrire la suite.

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