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EskaWorld

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Culturellement indépendant


King Kong, aux origines...

Publié par Eska sur 14 Mars 2017, 22:52pm

Catégories : #Cinéma, #100ClassiquesTaschen

Lisez l'article en musique : https://open.spotify.com/album/4YVjfEWZg5fBKLz5UFWafs

King Kong

Merian C Cooper & Ernest B. Schoedsack

1933

#100ClassiquesTaschen
#012

Et bien non, vous ne lirez pas ici une critique de Kong : Skull Island de Jordan Vogt-Roberts (2017) qui passe actuellement sur les écrans mais bien mon avis sur King Kong, l'original des années 30. Un film que j'ai découvert bien tard d'ailleurs, après les années 2000. Pourquoi me direz-vous ? Parce que si la télévision des années 90 foisonnait de films, c'était surtout ceux des 30 dernières années. Ainsi le premier King Kong que j'ai découvert, et qui m'aura fortement marqué quand j'avais 10 ans, n'est autre que celui de John Guillermin (1976). Je reviendrais sans doute sur ce dernier à l'occasion, pour le moment, parlons de l'original.

Carl Denham, réalisateur en vogue à Hollywood, s'apprête à débuter son nouveau film. Après avoir convaincu Ann, une pauvre femme dénichée dans la rue pour jouer le rôle principal, l'expédition file jusque sur une île inconnue renfermant une mystérieuse créature derrière un mur gigantesque. Sur place, l'équipe se voit confrontée aux indigènes en pleine cérémonie. Ils décident alors de kidnapper Ann pour l'offrir en sacrifice à Kong, un gorille géant qui règne sur l'île. Alors que John Driscoll se met en tête de sauver la jeune femme, Denham se voit déjà en haut de l'affiche en capturant Kong vivant pour l'exposer à New York.

Considéré comme l'un des 50 films à voir avant 14 ans par le BFI, King Kong a marqué de très nombreuses générations. Scénario entièrement original, inspirations multiples sur des sujets d'actualité de l'époque et des classiques de la littérature de science-fiction, réalisateurs n'ayant pas froid aux yeux (les bougres avaient filmé une charge d'éléphants depuis le sol quelques années plus tôt dans Chang (1927), bref le concept avait de quoi séduire. Mais avouons-le tout de suite, ce n'est pas tant par son scénario que King Kong est resté dans les annales mais bien par ses effets spéciaux monumentaux.

On attribue souvent à tort les effets spéciaux de King Kong à Ray Harryhausen. Or, au moment de la sortie du film, celui qui deviendra l'un des maîtres des effets spéciaux à Hollywood n'a que 13 ans. Et c'est justement en voyant ce film que le jeune Harryhausen décidera de se lancer dans les figurines à animer. Le véritable concepteur de King Kong et de ses trucages n'est autre que Willis O'Brien, qui deviendra par la suite le mentor de Harryhausen. Erreur inconsciente ? Pas forcément ! Car le premier film sur lequel Harryhausen officiera en tant que concepteur des effets spéciaux n'est autre que Monsieur Joe (Mighty Joe Young, 1947) des mêmes réalisateurs que King Kong et avec une histoire à peu près similaire mais destinée au public familiale.

L'esthétique du film est bougrement marquante et on peut aisément la rapprocher des Chasses du Comte Zaroff (1932), tourné à la même époque par les mêmes réalisateurs et acteur, et sur les mêmes décors. Ici ce qui me marque le plus, c'est l'insertion des séquences d'animation au milieu des décors. Rien de bien nouveau me direz-vous, Georges Méliès maîtrisait déjà ces effets 20 ans auparavant. Mais Méliès jouait plutôt avec des acteurs réels qu'avec des marionnettes. Ici, les animaux sont animés images par images et insérés dans des scènes de maquette avec les acteurs rajoutés au premier plan tandis que des mattes painting décorent le fond, ce qui donne une profondeur immersive assez impressionnante. Malheureusement, ma version DVD n'est pas remastérisée et les nuances de tons se repèrent facilement. Les extraits visibles dans les making of de King Kong de Peter Jackson (2005) sont nettement plus agréables à regarder et n'enlèvent rien au charme des combats.

Les combats, parlons-en. Pour donner dans le grand spectacle, et poursuivre dans leur idée de mettre en avant des animaux sauvages, les réalisateurs ont inséré tout un bestiaire préhistorique et fantastique. La référence est bien sûr évidente : Le Monde Perdu de Sir Arthur Conan Doyle (1912). Stégosaure, ptérodactyle et autres dinosaures marchant, nageant ou rampant. Le plus mythique reste le Tyrannosaure contre lequel le gorille géant aura fort à faire pour le terrasser sous les cris inquiets de Ann. Une scène épique dont l'animation est des plus réussies. Un véritable coup de maître. Pas étonnant qu'après cela, de nombreux adolescents aient trouvé leur vocation !

Toutefois, si le film reste culte, il laisse pensif sur certains aspects. Pro-colonialiste, il montre les tribus indigènes de façon totalement stéréotypée. Des acteurs afro-américains jouant pour l'occasion ces personnages vivant à moitié-nu, déguisés en animaux, peinturlurés, des noix de coco faisant office de soutien-gorge pour les femmes, c'est tout dire. Même Lumpy, le cuisinier de l'expédition, parle un langage limité à tel point qu'il est même repris dans les sous-titres "Nous pas aimé île". La créature est exposée à New York, sous les yeux avides des bourgeois, tel les peuples africains avant de servir d'esclaves. Kong symbolise la figure de l'homme sauvage, le bon sauvage que l'on réduire en esclave mais que l'on ne peut totalement maîtriser et qui finit par se rebeller pour reprendre sa liberté, n'hésitant pas à tout casser. La bête se verra abattue par des avions armés sur la plus haute tour du pays, victoire de la puissance des hommes américains (ce sont d'ailleurs les réalisateurs qui pilotent les avions) sur les sauvageons vivant à l'état de nature.

Le code Hays (un code établissant des règles de censure strictes dans les films de 1934 à 1966) avait sévi à l'époque en supprimant une scène du film. Dans celle-ci, Kong effeuillait doucement Ann, contemplant et reniflant avec un regard amusé les morceaux de vêtements qu'il arrachait. La scène sera d'ailleurs reprise à l'excès dans la version de 1976, beaucoup plus libérée sexuellement. La version de Peter Jackson quant à elle n'en fait point cas, préférant jouer sur le romantisme de la bête plutôt que sur sa nature sauvage. Au-delà de cette scène d'effeuillage, je trouve que cette version reste tout de même très morbide. Les gros plans de regard de Kong laissent l'impression d'être face à un prédateur pervers qui joue avec sa proie. Si la scène avait donc été censurée, elle reste visible dans la version originale du film.

Notons qu'une autre scène avait également disparu du montage original, celle où Kong renverse le tronc d'arbre qui sert de pont. Dans le film, la séquence laisse penser que les personnages sont morts durant la chute. Or, certains d'entre eux se relèvent au fond du précipice pour se retrouver entourés de créatures peu attrayantes (lézard, araignée, scorpions et une bizarrerie que je ne reconnais pas). C'est Cooper lui-même qui avait retiré cette séquence, la jugeant trop dure pour les spectateurs. Peter Jackson la réalisera à son tour pour sa version de King Kong, la scène étant incluse dans la version longue du film sur DVD.

Enfin, une suite verra le jour la même année sous le titre Le Fils de King Kong (Son of Kong, Ernest B. Schoedsack, 1933) montrant un jeune gorille géant tout blanc qui aidera les héros en quête d'un trésor à se défendre des créatures de l'île. Le film n'eut pas le succès escompté.

Et donc King Kong, qu'est-ce que ça vaut aujourd'hui ? Et bien tout simplement, c'est un film à voir pour la qualité de ses effets spéciaux et trucages. On pourrait penser qu'en 1933 il est le paroxysme du genre alors qu'en réalité, il est annonciateur de toute une filmographie à venir. Le monstre quand à lui fascine encore plus de 80 ans plus tard, ce qui en fait sans aucun doute l'un des monstres les plus sacrés du cinéma. A voir jeune.

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