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Culturellement indépendant


La Grande Illusion

Publié par Eska sur 18 Avril 2017, 17:57pm

Catégories : #Cinéma, #100ClassiquesTaschen

La Grande Illusion

Jean Renoir

1937

#100ClassiquesTaschen
#014

Durant la Première Guerre Mondiale, le capitaine Boeldieu et le lieutenant Maréchal sont faits prisonniers par l'armée allemande. Tout deux issus de castes différentes, l'un aristocrate, l'autre ouvrier, ils se réunis à un autre groupe de prisonniers tout aussi variés (comédien, banquier, etc.) Pourtant, tous ont un même objectif : s'enfuir de la prison où ils sont enfermés. Mais les allemands les transfèreront dans une forteresse d'où nul ne peut s'enfuir...

Quand le film sort en 1937, Hitler est au pouvoir et la menace d'une guerre imminente plane au-dessus de l'Europe. Autant dire que le film ne fut guère marqué par un accueil chaleureux auprès des partisans de l'Allemagne Nazie qui le voyaient comme une oeuvre néfaste au parti. A l'inverse, il fut acclamé par d'autres pays tels que le Royaume-Uni pour son pacifisme.

Ce qui me frappe avant tout dans ce film, c'est l'absence de champ de bataille. On navigue d'un bureau à l'autre, d'une prison à l'autre, d'une pièce à l'autre comme une sorte de huis-clos de la guerre sur laquelle repose le film. Bien évidemment, le but est de sortir de ce huis-clos et tous les personnages s'y attèlent en se relayant pour construire un tunnel menant à la sortie.

Autre fait marquant, les scènes de repas. Moment propice au rassemblement et à la discussion ainsi qu'au partage. Les plus riches recevant des colis entiers de nourriture n'hésitent pas à les partager autour de la table. Bonne bouffe, alcool, expériences des uns et des autres ramenés sur la table pour alimenter les discussions... on pourrait presque penser qu'en temps de guerre, il vaut mieux être prisonnier que libre. Et pourtant, ces hommes n'hésitent pas à se mettre en danger eux-mêmes en creusant un tunnel sous leur chambre pour rejoindre les jardins au-delà des grillages. L'apothéose de ces moments de liesse se retrouve lors de la grande fête organisée par les soldats des différents pays : les hommes dansent, s'habillent en femme, hurlent de joie et lorsque l'ambiance est à son paroxysme, la nouvelle d'une avancée du front en faveur de la France fait entonner par tous une immense Marseillaise à la gloire patriotique symbole d'espérance.

Par la suite, il semble que les personnages soient encore plus verrouillés. Leur transfert dans une nouvelle prison beaucoup plus austère met leur plan d'évasion à l'eau. La forteresse appartient au commandant Von Rauffenstein qui se lie de respect au capitaine Boeldieu. Plus qu'un grand respect, on pourrait même y voir une forme d'amour romancée. La tragédie conduit l'aristocrate à se sacrifier en interpellant le commandant pour permettre aux prolétaires de s'enfuir.

A travers ce film, on a donc une image pacifiste des hommes en temps de guerre, soudées par une volonté et un espoir patriotique. La guerre est-elle aussi belle à voir ? Pas sûr. Néanmoins, la vision de Renoir offrait un message fort aux ennemis de la liberté. Pourtant, la grande illusion, c'est celle d'une guerre qu'on pense être la dernière, c'est celle d'un niveau social qu'on pense être égal partout, c'est aussi celle qui fait croire qu'aucune évasion n'est possible, qu'un ennemi peut être un ennemi et inversement. Et je dirais même que la grande illusion, c'est surtout celle de croire que la liberté peut s'enfermer.

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