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L'Aile ou la Cuisse

Publié par Eska sur 10 Juillet 2017, 07:43am

Catégories : #Cinéma

L'Aile ou la Cuisse

Claude Zidi

1976

Vu, vu, vu et re-revu, ce film est un de mes fétiches d'enfance (avec La Soupe aux Choux) et aujourd'hui encore, je ne me lasse pas de le regarder.

Chaque année, le Guide Duchemin souffle le chaud et le froid sur les restaurants français, attribuant ou retirant des étoiles aux grandes tables gastronomiques. Si bien que les restaurateurs sont prêts à tout pour contenter les fameux inspecteurs du guide qui passeraient dans leur restaurant. Alors qu'il s'apprête à prendre sa retraite, Charles Duchemin fait le tour des derniers restaurants pour mettre le point final à l'édition annuel de son guide, tout en préparant son fils Gérard à prendre sa suite. Mais ce dernier préfère jouer les clowns dans un cirque itinérant. Le duo père/fils sera alors mis à rude épreuve par la société Tricatel, spécialisée dans la nourriture industrielle.

Si vous n'avez pas vu cette comédie française, foncez ! D'autant qu'elle est encore très actuelle. Le duo De Funès/Coluche (qui failli être De Funès/Pierre Richard) fonctionne à merveille. Il aura permis à Coluche de confirmer son talent d'acteur face au respecté De Funès d'alors. Plus qu'un simple duo, c'est une passation qui semble s'effectuer à travers le film. D'autant qu'à cette époque, De Funès ayant été victime d'une crise cardiaque quelques années plus tôt, il n'était pas dit qu'il reprenne les tournages à moins de se contenir dans ses rôles. C'est là où le talent de Coluche fonctionne à merveille puisqu'il apporte le surplus attendu de De Funès (qui malgré tout enchaîne les frasques et les pantomimes comme on lui connaît si bien.)

Toutes les scènes me font hurler de rire dans ce film. Dès le début, la scène du restaurant où De Funès débarque en petite grand-mère pour noter incognito la qualité du service alors que son collègue à une autre table s'est fait surprendre marque les esprits. Le voyant insister pour demander une eau minérale qu'il doit récupérer de son vase de décoration alors que son collègue se fait servir des plats raffinés qu'il n'a même pas commandé reste une des meilleures scènes d'introduction. S'enchaîne les séquences où il est surbooké, entre ses critiques dictées pendant que son couturier lui confectionne la veste traditionnelle de l'Académie Française, alors que son dentiste débarque avec le fauteuil dans son bureau pour l'ausculter, qu'un de ses employés lui demande de goûter des pots pour bébé et que les papiers à signer sont plus importants encore que le reste. Les scènes de restaurants où il glisse les liquides et autres morceaux d'aliment dans sa veste pour les analyser plus tard, des barres de rire en ce qui me concerne.

 

Alors que la secrétaire est suspendue au lustre.
- Vite échelle ! Tenez bon Marguerite, on arrive !
- Aaaaaah - BOUM -
- Pas d'échelle !

Charles Duchemin (Louis De Funès) in L'Aile ou la Cuisse

Et puis il y a cette fameuse scène qui aura sans doute marqué tous les esprits : la scène de l'usine Tricatel où sont fabriqués les aliments. Tricatel produit de la viande à partir de pétrole, des poissons et des poulets à partir d'une pâte modelée dans un moule conforme à l'animal et ensuite peinte pour lui donner la couleur attendue, de la salade à partir de plastique, des soufflés au fromage à partir d'une pâte étrange, etc. Qu'on se le dise, cette façon de construire la nourriture existe vraiment : nuggets de poulet, saucisses et j'en passe. On est bien loin de la qualité des restaurants étoilés du Guide Duchemin (qui lui fait référence au Guide Michelin mais ça vous l'aurez compris !). J'oppose facilement à cette scène celle du restaurant japonais qui personnellement me fait fortement saliver, tant par la gestuelle du cuisinier que par les plats préparés (savamment agrémenté des gestes de perfection de De Funès, comme le maître de la gastronomie qui valide la qualité.)

Et derrière son aspect humoristique, ce film aborde tout de même un sujet sérieux, déjà en 1976, celui de la nourriture distribuée en masse. Si le combat est ici mené entre grand restaurants et restaurateurs d'autoroute et de cantine, c'était aussi pour alerter sur la diffusion massive de la nourriture industrielle dans les supermarchés et les cantines des enfants. Si de plus en plus de reportages montrent les dessous de l'industrie alimentaire (le nitrite dans le jambon, les conditions d'abatage des animaux, les pesticides sur les fruits et légumes, etc.) déjà à cette époque on pointait du doigt un avenir morbide de la nourriture que nous avalons chaque jour. Une satyre qui marque donc et à laquelle nous ne pouvons échapper.

En bref, L'Aile ou la Cuisse reste un classique indémodable qu'il faut voir déjà très jeune et qu'il faut revoir régulièrement.

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