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Culturellement indépendant


Premier Contact

Publié par Eska sur 17 Juillet 2017, 14:42pm

Catégories : #Cinéma

Un extrait de la BO pour lire en musique

Premier Contact

Arrival

Denis Villeneuve

2016

[Cet article va contenir des spoilers]

Alors que d'étranges vaisseaux viennent d'arriver sur Terre, l'armée américaine fait appel à Louise Banks, une linguiste réputée. Sa mission : établir le contact avec les créatures extraterrestres.

J'aurais tellement voulu voir ce film au cinéma. Mais je n'aurais probablement pas supporté de le voir VF. Et puis voilà que je tombe dessus par hasard (comme toujours en fait) en médiathèque. Ni une, ni deux, le voilà qui assurera à merveille mon dimanche soir. Je me souviens que la bande-annonce gardait cruellement le mystère autour du scénario. Tout ce que je savais, c'est qu'il s'agissait d'une rencontre entre des scientifiques humains et des extraterrestres. Quoique je n'avais pas le souvenir qu'ils étaient montrés à l'écran. Donc grosse attente pour moi qui suis féru de ce genre de films SF. Pour info, il s'agit de l'adaptation de L'Histoire de ta vie de Ted Chiang, qui reçut le Prix Nebula du Meilleur Roman Court et Prix Theodore Sturgeon en 1999 (d'ailleurs je vais filer en librairie me le procurer !)

Et puis ça fait longtemps qu'on n'a pas eu de vrais films sur la rencontre humain/extraterrestre, du moins de rencontre pacifique. Entre les Star Wars qui ne sont qu'une reproduction des sociétés humaines à l'échelle intergalactique (et où tout le monde se fait la guerre), Independence Day qui n'est qu'un fantasme de conflit total à la gloire de l'armée américaine, Star Trek où il ne faut surtout pas créer le contact avec les espèces en voie de développement, Men in Black où la Terre n'est qu'un grain de sable (pardon, une bille) colonisée depuis belle lurette et pourtant suffisamment importante pour que certains veuillent encore la détruire... Bref, la rencontre martienne est souvent conflictuelle, loin des E.T., Starman, Paul ou Rencontre du 3e Type et je ne parlerais pas de Mac et Moi (enfin si je reviendrais dessus avec un article que j'avais déjà publié).

Mais revenons donc sur le film. Derrière son pitch simple se cache un scénario plutôt bien écrit et qui amène doucement les choses. On commence par des souvenirs. Une mère, sa fille, la maladie, le décès. Puis on enchaîne sur cette mère qui continue à travailler malgré tout. Or, ce jour-là, les vaisseaux arrivent. Au début j'ai quand même eu très peur de tomber sur un pseudo Contact de Robert Zemeckis qui m'avait énormément déçu à l'époque mais non. Premier Contact ne prend pas le risque de nous faire croire à une hypothétique rencontre avec des extraterrestres. Au contraire, il nous montre des xénomorphes inattendus !

Inattendus mais tellement fort en référence. A première vue, ils ressemblent à des pieuvres. Une forme pas si étrange quand on sait que depuis peu, les scientifiques ayant analysés le génome des pieuvres ont affirmé qu'il était pareil à nulle autre sur Terre. D'où l'idée un peu farfelue que ces mollusques seraient extraterrestres. Ces heptapodes (ainsi nommés pour leur 7 pieds) auraient tout aussi bien pu sortir de la tête de Lovecraft ou de Giger (on retrouve d'ailleurs quelques similarités avec certaines créatures de Prometheus étant donné que le concepteur à l'oeuvre sur le film de Ridley Scott est celui qui a créé les heptapodes de Premier Contact).

[SPOILER ALERT]
Pas de déception donc, mais l'idée bien présente que les souvenirs de Louise vont servir à lui donner une réponse à la question que tout le monde souhaite poser à ces créatures : pourquoi sont-ils venus ? Villeneuve est un magicien de l'écran. Déjà dans Réalité, il parvient à perdre le spectateur en faisant passer pour film des événements bien réels. Ici, c'est un peu le même genre de chassé-croisé, lorsque l'on apprend que les souvenirs sont en réalité des flash forwards, des épisodes à venir. Louise ne ressasse donc pas son passé à la recherche d'une réponse mais son futur. Et ce n'est qu'en comprenant cela qu'elle parviendra à faire cesser, un peu trop facilement d'ailleurs, le conflit à venir.
[SPOILER END]

En fait ce film me rappelle énormément un autre, sans pour autant tomber dans le remake (le pauvre a déjà eu sa part) : Le Jour où la Terre s'arrêta. Je parle évidemment de l'original, celui où l'extraterrestre à forme humaine passe son temps à demander pourquoi il ne peut pas rencontrer la délégation terrienne, pourquoi il y a plusieurs dirigeants sur une si petite planète et surtout pourquoi ils ne peuvent pas se réunir à sa demande d'autant qu'il est là pour sauver l'humanité. Derrière tout cela rôdait l'ombre du conflit nucléaire et montrait le non-sens de nos sociétés, surtout si un tel événement devait arrivait. Ici, on sent bien que le film se passe dans un monde en tension, avec des relations fragiles, et une fois encore, le seul moment où une décision est unanime est ce moment où le conflit est inévitable : tout le monde s'apprête à attaquer ou à riposter.

[SPOILER ALERT]
Et puis cette idée toute simple et souvent évitée : celle d'extraterrestres venant nous apporter leurs connaissances. Certes, ici les heptapodes ont bien quelques intentions derrière la tête mais ils savent que le temps poursuit inexorablement sa route et que le jour viendra où ce qu'ils apportent leur sera rendu. Dès lors le film pose la question suivante : serions-nous prêt à changer notre futur pour un futur meilleur ? Ici Louise est-elle prête à refuser son rôle de mère, sachant que sa fille va mourir ? Connaître le futur implique-t-il que nous devons tout faire pour qu'il se réalise, ou celui-ci est-il inévitable quoique nous fassions ? Autant de questions qui se posent dès lors que l'on abordent les voyages dans le temps. Dans les dernières séquences, Louise puise dans ses souvenirs futurs pour récupérer des informations. La question que je me pose ici est : manipule-t-elle son futur ? Peut-on s'imaginer récupérer des réponses précises auprès d'un tiers dans le futur pour le convaincre dans le présent ? Oula, ça devient compliqué là....  Mais je trouve ça passionnant !
[SPOILER END]

Bon n'oublions pas non plus l'une des base du film : l'apprentissage d'une langue. La communication entre 2 peuples issus de planètes différentes et avec un mode de pensée différente. Le film rappelle d'ailleurs bien ce processus qui consiste à penser différemment lors de l'apprentissage d'une langue. On peut facilement le vérifier entre le français et l'anglais : Je te manque = I miss you (français : moi toi manquer, anglais : moi manquer toi, à comprendre en sens inverse donc) Bref, je ne suis pas linguiste pour 2 sous et je ne me permettrais pas d'aller plus loin dans l'explication. Ce que j'aime dans le film, c'est la manière de communiquer des heptotpodes avec des cercles formant plusieurs mots (en réalité, il faut y voir des phrases complexes formés de mots). Graphiquement, ça ne ressemble à rien de déjà vu, ce qui est en soit fascinant. Le film aurait d'ailleurs pu aller plus loin mais il aurait fallu y consacrer une série entière où chaque peuple tente de comprendre et de communiquer à sa manière avec les créatures. Ca n'aurait certainement pas manqué de rebondissements !

Bon, je n'aurais jamais pensé qu'un film avec des créatures aussi fantasques (cauchemardesques presque) m'aurait ému à ce point. La SF a encore de beaux jours devant elle.

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