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Culturellement indépendant


Inception, le rêve éveillé...

Publié par Eska sur 31 Juillet 2010, 21:25pm

Catégories : #Cinéma

inception.jpg

 

Inception

 

Christopher Nolan

 

2010

 

 

 

 

Fort de son succès sur la dernière adaptation de Batman, Nolan a retrouvé son genre fétiche, celui de l'illusion. Il nous avais déjà marqué avec Memento (1999) où l'on revivait à reculons les souvenirs oubliés du personnage, et avec Le Prestige en 2006 qui s'apparente en un véritable tour de passe-passe pour le spectateur. Il marque cette fois-ci un nouveau tournant avec Inception, un film rêvé sur le rêve. Ce n'est pas la première fois qu'il aborde cette notion, dans Insomnia (2002), il confrontait son personnage à ses doutes qui l'empêchaient de trouver le sommeil et ainsi conduire petit à petit à son basculement dans la folie. Mais cette fois-ci, plus question de folie, les personnages sont bien conscient de ce qu'ils font, ou presque...

 

L'idée est comme un virus qui se propage. Mais comment se construit cette idée ? D'où vient-elle ? Est-il possible de l'insuffler à quelqu'un pour qu'il la considère comme la sienne ? C'est ce que doivent faire Cobb et son équipe : pratiquer une inception, c'est-à-dire insuffler une idée. Pour cela, ils doivent plonger dans le subconscient de leur sujet, à travers ses rêves. Une pratique assez simple en soi, mais pour une inception, il faut aller plus profondément dans le subconscient, dans le rêve du rêve du rêve...voire même un peu plus loin. Dès lors, le jeu est plus dangereux, le sujet mieux armé et le retour plus difficile.

 

Un scénario complexe pour un film complexe. Mais cette complexité même qui lui donne toute sa puissance. Nolan construit son film comme il construit les rêves de ses personnages, tout est possible, si bien que les rues de Paris se retournent au-dessus de nous dans un bel exercice pratique pour nous montrer la nécessité et les possiblités d'un architecte dans un rêve. Mais Nolan ne prend guère le temps de nous parler de ce que sont les rêves. Il nous entraîne directement sur un sujet qu'il considère comme acquis et ne s'attarde pas à nous en parler simplement, comme il l'avait fait pour décrire les stades d'un tour de magie dans le Prestige. C'est bien dommage, car le film souffre d'une bonne heure en moins.

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Une heure de plus me direz-vous ? Oui ! Car l'autre gros défaut du film, c'est de n'avoir aucun temps mort. Nolan nous entraîne dans une course folle où tout doit nous pousser à réfléchir et à comprendre à la fois la complexité de l'inception, les limites de chaque partie du rêve et les problèmes psychologiques de son personnage principal, soit 2h30 à encaisser toutes ces réflexions sans un temps de repos pour mieux les digérer. Un pari osé au risque de perdre à jamais le spectateur à travers l'histoire mais qu'il parvient à soutenir avec un rythme bien dosé, mais peut-être trop.

 

Je me pose encore la question : y a-t-il à un moment dans le film où la musique n'est pas présente ? Et bien je ne suis pas sûr. Même dans les moments les plus intimes, la musique accompagne ses personnages, parfois discrète, parfois bien présente, la musique est toujours là, pendant 2h30, pareil à un opéra. La musique peut avoir plusieurs signification dont permettre la continuité spatiale et temporelle de ces divers réalités parallèles. La présente ininterrompue de la bande musicale donnerait peut-être à penser que cette histoire est elle-même un rêve... hypothèse que Nolan se fait une joie de nous laisser croire. Mais Hans Zimmer a su renouveler son style pour nous offrir une composition différente de ce qu'il avait fait jusqu'à maintenant, plus proche des films de SF des années 80. Bon, hormis la musique interprétée par Edith Piaf, la seule musique française connue aux Etats-Unis visiblement tellement elle est exploitée dans leurs films...

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Il y aurait tellement d'autres remarques à faire à propos de ce film... comme la relation entre Cobb, interprété par Leonardo DiCaprio et celui d'Ellen Page, Ariane (l'architecte qui conçoit les labyrinthes - mais oui la référence est flagrante), personnage qui me paraît encore trop jeune pour jouer les psychanalistes auprès de Cobb alors qu'il n'a jamais laissé entrer personne dans son subconscient. Le personnage de Marion Cotillard a sa juste valeur, même si son personnage de femme fatale commence à être récurrent, et Nolan l'amène très maladroitement, d'abord très présent dans la "réalité" avant de nous faire comprendre qu'il ne s'agit que d'une illusion sans consistance et qu'on ne revoit vraiment actif que vers la fin, même sa présence marque tout le film.

 

Enfin rappelons les sources très apparente de Nolan à travers ce film : la plupart des gens diront Matrix pour le principe de réalités parallèles, les projections remplaçant les agents, etc. D'autres fans de films d'espionnage vous sortiront sans hésiter la saga James Bond, très présente elle aussi par le rythme de ses scènes d'actions et les différents décors à travers le monde. Mais il faut pousser un peu plus loin pour rappeler deux films essentiels à mes yeux : Dark City d'Alex Proyas (1998) où il est là aussi question d'un monde qui se reconstruit pendant le sommeil des gens (on pourrait d'ailleurs dire que l'inception est pratiquée ici aussi puisque des personnages s'endorment dans leur basse situation sociale pour se réveiller dans la haute société) ; et eXistenZ de David Cronenberg (1999) où l'on retrouve la plongée dans une réalité, ici virtuelle, grâce à un appareillage assez bizarre qui a sans doute inspiré la malette présente dans Inception. Il y en a sans doute d'autres, à vous de les citer...

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Ai-je aimé Inception ? Il semblerait que non. Pourtant, j'ai passé un assez bon moment dans ce film que je trouve assez novateur, et qui nous pose tout de même la question : vivons-nous dans notre propre rêve ? Question laissée en suspens à la fin comme on pouvait s'y attendre. Si j'ai aimé Inception, mais pas au point de le considérer aveuglément comme un chef d'oeuvre, ce que beaucoup font bien à tort à mon avis. C'est un beau film, un film ingénieux, avec des partis pris, un montage assez hallucinant comme cette camionette qui tombe pendant un long moment, des effets visuels fantastiques, bien qu'une fois de plus cela ne sert qu'à détruire notre bonne vieille capitale, et un scénario suffisament complexe, peut-être trop, mais accrocheur. Oui j'ai aimé Inception, non, ce n'est pas le film de l'année !

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Jérémy Zucchi 20/09/2010 21:27


J'ai adoré "Inception", je regrette juste que les scènes d'action soit parfois inutiles et moins impressionnantes que dans "The Dark Knight" (surtout la partie dans la neige). Voici la première
partie de mon analyse du film sur mon blog, consacré au cinéma comme rêve, et rêve comme film :
http://www.jeremy-zucchi.com/article-inception-christopher-nolan-2010-1-le-temps-reve-du-cinema-57396682.html
La seconde partie parlera de l'espace, des boucles, des évocations des œuvres d'Escher (le Philip K. Dick du dessin) dans le film.


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