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EskaWorld

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Culturellement indépendant


La Guerre de Cent ans et la chute des Valois

Publié par Eska sur 18 Novembre 2010, 00:14am

Catégories : #Histoire

 

Introduction : L'Histoire de France au rythme du Métronome

 

De Château de Vincennes à Palais-Royal-Musée du Louvre

XVe et XVIe siècle

 

31. La Tour Jean Sans Peur

(Article précédent : La Sainte-Chapelle du Château de Vincennes)

 

 

Tour Jean Sans Peur (23)

 

Je me permet ici une petite encartade de mon parcours au jour le jour, la Tour étant fermée le mardi en cette période hivernale, je n'ai donc pas pu la visiter après le Château de Vincennes, mais tenant à visiter ce haut lieu de Paris, j'y suis retourné le lendemain, jour d'ouverture, pour vous en faire profiter. Ja raccorde donc cette visite à la continuité de ce jour.

 

Direction maintenant la Tour Jean Sans Peur, personnage important de l'Histoire de France puisque c'est lui qui cause, en partie, la guerre civile qui opposa les Armagnacs contre les Bourguignons. Personnellement ça faisait longtemps que j'entendais dire que les Bourguignons étaient des ennemis, que ce soit dans les films historiques, même les plus populaires comme Les Visiteurs (Jean-Marie Poiré, 1993) ou certains jeux vidéos de stratégies sur lesquels je reviendrais prochainement. Bref, cela sans savoir pourquoi ces Bourguignons, dont on raffole de leur fondue et de leurs escargots, étaient les ennemis de la France à ce moment-là. En sortant du métro Etienne Marcel, la vue de cette tour que j'avais déjà croisé lors de mon parcours sur la trace de la muraille Philippe Auguste, m'apparaît comme un lieu sinitre !

 

Pourtant à l'origine, il s'agissait d'un hôtel, celui d'Artois qui devint celui de Bourgogne par alliance. En 1407, pendant que Charles VI sombre peu à peu dans la folie, sa femme, la régente Isabeau de Bavière, vit une passion démesurée avec le frère du roi Charles VI, son beau-frère donc, le Duc d'Orléans. Une histoire de cul classique en somme, et ce n'est certainement pas la société actuelle qui va me contredire. Jean Ier de Bourgogne, dit Jean Sans Peur, est le fils de Philippe le Hardi, lui-même fils du roi Jean le Bon. C'est un peu compliqué, mais ce qu'il faut retenir, c'est que les 2 hommes peuvent prétendre à la couronne de France en quelque sorte. Et Jean Sans Peur n'aime pas voir le duc d'Orléans s'acoquiner avec la reine. Alors un soir, il le fait tuer dans l'impasse des arbalétriers. Une impasse que j'avais déjà repéré lors d'un précédent voyage et qui m'avait attiré tant elle est atypique. Il est facile d'imaginer un homme se faire égorger de ce que ja qualifierais justement de coupe-gorge en pleine nuit...

Enceinte Philippe Auguste (29)

Charles d'Orléans, le fils du Duc, veut venger la mort de son père. Marié à la fille du comte d'Armagnac, il entraîne avec lui toute sa belle famille et c'est ainsi que Bourguignons et Armagnacs sont en guerre. Jean Sans Peur décide alors de faire construire cette tour pour protéger et en faire une sorte de forteresse. L'emplacement est bien choisit, car l'intérieur, on découvre la base d'une des tours de ronde de la muraille de Philippe Auguste.

Tour Jean Sans Peur (1)

Il est d'ailleurs possible de descendre dans les sous-sols, destinés aux expositions. Ce jour-là, exclusivement, il s'agissait encore de l'exposition sur le Moyen-Âge en BD. De longues toiles pendaient, racontant l'évolution de cette période historique dans les cases dessinées. C'était une belle exposition, très bien documentée, malgré un cadre d'exposition : de longs panneaux blancs recouvrent les murs de ce sous-sol. Pourtant d'un côté, une percée permet de descendre un mètre plus bas et d'admirer à nouveau ce pans de mur. Une petit ouverture dans le mur, si bien qu'il faut se baisser, permet également de rentrer dans une sorte de cave, lequel sert à présenter les BD autour de Jean Sans Peur justement.

Tour Jean Sans Peur (3)

Mais remontons. Il est déjà tard, je n'ai fait que survoler l'exposition malheureusement, et je veux avoir le temps de faire les 5 étages annoncés ! L'escalier en colimaçon, inspiré par celui que Charles V fit constuire pour le Louvre autrefois, est marqué par de nombreuses ouvertures entièrement murées. De larges fenêtres s'ouvrent désormais sur la cour d'un école primaire où les enfants courent et se chamaillent pendant des heures. Les fenêtres sont recouvertes de plexiglas pour limiter la percée du vent, mais pas celle du froid. Je gravis les marches tout en distinguant de nombreuses marques dans les murs. Difficile à voir dans l'obscurité, mais il semblerait que de nombreux symboles soient gravés, dont certains plusieurs fois.  Je découvre une première pièce : l'entresol où me sont expliqués les fonctions de la tour justement. Ici je peux découvrir également une belle maquette de la tour.

Tour Jean Sans Peur (4)

Je poursuis mon chemin vers les hauteurs lorsqu'un écriteau m'interpelle. Sur le mur, un butoir parcours une bonne partie de la longueur du mur jusque dans le sol. Le panneau m'explique qu'à l'origine, une grille était située à ce niveau-là et permettait de fermer l'accès au reste de la tour. Un 2e existe également un peu plus haut. On imagine ce que pouvaient ressentir ceux qui sont tombés sur cette grille fermée, les empêchant de continuer plus vers les appartements de Jean. Ou vers cette salle "haute" qui s'ouvre directement sur l'extérieur. C'est impressionnant de trouver ça comme ça en plein milieu des escaliers. Il semblerait que cette salle qui ressemble à une sorte de terrasse/balcon n'ait pas de fonction vraiment spécifique, si ce n'est éveler rapidement les étages supérieurs.

Tour Jean Sans Peur (6)

Continuons le chemin, toujours marqué par de nombreuses marques. Et l'on arrive en haut des escaliers... mais pas en haut de la tour. Me remémorant une photo imprimée sur les bannières racontant l'histoire de la tour au rez-de-chaussée, je lève la tête et tombe avec stupéfaction sur la voûte de la grande vis, à savoir le plafond. Magnifique. Le pillier central autour duquel coure l'escalier se termine par un décor particulier : le tronc d'un chêne sculpté dans la pierre et qui s'étend jusque vers les murs, symbole de Jean le Hardi, le père de Jean Sans Peur. Dans cet enchevêtrement de branchage, on découvre également des fleurs d'aubépine, représentant la mère de Jean Sans Peur et des feuilles de houblon, le représentant lui-même. Un plafond digne d'un décor de film héroic fantasy. Deux fenêtres marquées des blasons de la famille éclairent s'ouvrent d'ailleurs sur l'extérieur.

Tour Jean Sans Peur (7)

Je poursuis mon escapade dans un escalier plus étroit pour arriver devant une ouverture. Mais ce qui m'attire d'abord, c'est cette inscription dans le mur : "ND 1877" peut-être me trompe-je, l'inscription est un peu effacé et l'obscurité se fait davantage alors que la nuit tombe et que l'escalier est peu éclairé. Qui a bien pu marqué ainsi ses initiales dans cette portion du mur ? Etait-ce un habitant de la tour ou un simple visiteur ? L'ouvrage est pourtant bien fait et non à la va-vite. Curieux. L'ouverture en face donne sur ce que l'on appelle la chambre de l'écuyer. Une salle en longueur habituellement fermée par une porte en bois.

Tour Jean Sans Peur (12)

Je ne sais pas si la porte actuelle est d'origine mais quoi qu'il en soit, le bois est vieux et pourri, ce qui lui donne un véritable goûte d'authenticité. Au fond, une belle cheminée devant laquelle est installé un banc amovible. La particularité de ce banc est d'avoir un dossier qui peut se mettre d'un côté comme de l'autre. Un moyen efficace pour s'installer face ou dos à la cheminée sans avoir à déplacer le meuble. Une nouvelle ouverture dans le mur du fond me permet de découvre une pièce plutôt exiguë : les latrines. Chaque chambre en était pourvue. A gauche de l'entrée, une petite potence sur pied avec une gamelle servait de lavabo. Une carafe d'eau y était accrochée et on pouvait se nettoyer les mains. De l'autre côté, dans un renfoncement : les latrines en question. Il m'est arrivé d'aller assouvir un besoin pressant dans les toilettes d'un célèbre hôtel de la Croisette durant le festival de Cannes. J'avais été amusé par son système électrique qui permettait de baisser et de remonter le siège des toilettes, mais là je suis plutôt impressionné par ce somptueux fauteuil en velour, avec bien sûr une ouverture au centre. Bien sûr il s'agit d'une reconstitution : les seules latrines encore existantes à Paris méritaient bien qu'on en fasse quelque chose de beau. Etait-ce rééllement comme ça à cette époque ? Regardez les murs couverts de tentures d'un beau rouge et des symboles de Jean Sans Peur, le tout étant bien évidemment chauffé directement par le dos de la cheminée. Une fenêtre donne également une vue sur la rue, mais à cette époque, il ne devait pas y avoir de vis-à-vis à cette hauteur. N'a-t-on pas envie d'avoir les mêmes chez soi et d'y passer des heures juste pour le plaisir du confort ?

Tour Jean Sans Peur (14)Tour Jean Sans Peur (15)

 

La salle au-dessus est identique dans sa forme. C'est la chambre de Jean Sans Peur. Des fenêtres s'ouvrent également de chaque côté tandis qu'au milieu, un mannequin aux parures dignes d'un Duc est installé dans un trône devant la cheminée. Au fond, les latrines, identiques à celles du bas, du moins, dans leur état d'origine : aucune reconstitution n'a été faîte ici : pas de tentures rouges, pas de potence "lavabo" et encore moins de siège de velours. La pièce n'étant même pas éclairée, la nuit tombante, la pièce fait plutôt froid dans le dos.

Tour Jean Sans Peur (16)Tour Jean Sans Peur (20)

Dans un coin de la pièce, un petit espace montre quelques morceaux de carrelage. On pense que les sols en étaient recouverts à l'époque, même si l'ensemble à l'air bien fragile.

 

Enfin, j'arrive au bout de mon périple en accédent au dernier étage de la tour, directement sous les combles. Bien que des gravures montrent des fenêtres, ici il n'en est rien, la charpente est directement recouverte de grandes planches de bois. L'odeur de bois est d'ailleurs très présente dans cette pièce, un doux parfum comme je les aime, et qui vous replonge l'espace d'un instant dans le souvenir d'une époque lointaine où ce parfum venait déjà chatouiller vos narines. Cette pièce est assez sombre : pas de lumière ambiante, en fait, elle est éclairée uniquement par les pupitres qui expliques comment se passait la vie quotidienne au XVe siècle. Ne vous fiez donc pas à la photo, vous risqueriez d'être surpris. Je voulais montrer la magnifique charpente qui s'élève nue au-dessus de nos têtes, faite de poutres neuves et d'autres plus anciennes, qui se démarquent par leur couleur sombre, et leur état plus abîmé. Au fond, 3 mannequins sont installés, prêt à vous raconter l'histoire fournit par les pupitres.

Tour Jean Sans Peur (22)

Tout ce qui remonte doit redescendre, et en repassant devant les chambres et diverses salles de la tour, je ne peux m'empêcher de penser au travail fournit pour garder l'ensemble dans un état cohérent. Ce qui me choque à vrai dire, c'est de voir de la reconstitution neuve. Certes nos monuments du passé ont su nous prouver leur qualité de construction mais était aussi parfait ? A vrai dire, j'aime le passé passé et non le passé présent. Mais je salue l'initiative de cette reconstitution magnifique. La tour cherche d'ailleurs des donateurs pour préserver ce monument.

 

Enfin, j'ai également découvert que mon "mentor" historique sera présent ici même pour dédicacer son Métronome illustré le 30 novembre, de 17h à 18h. Un horaire malheureusement impossible pour moi, mais je vous tiens informé quand même de cet événement, en espérant que mes nombreux articles vous auront donné envie de vous plonger dans son livre.

 

Article suivant : Petit passage du côté des Halles

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Besnard 22/08/2014 09:06

Bonjour,
Je suis la créatrice des carreaux de la tour jean sans peur.
Ravie que vous les ayez remarqués!!
Juste pour vous dire que les carreaux de l époque n était pas si fins... Il faisait 3 cm d épaisseur et était scellé par de la terre donc ne bougeais pas comme ceux que j ai fabriqué.

Bien à vous
Alix

Eska 07/02/2017 11:38

Bonjour Alix,
Content de voir votre commentaire (oui 2 ans et demi plus tard, pour un blog c'est de l'archéologie antique ^^)
J'espère que l'article dans son ensemble vous a plu et que je n'ai pas fait d'erreurs grossière.
Merci pour la précision. 3cm effectivement, c'est une bonne épaisseur, on pourrait presque parler de pavé à ce niveau-là non ? ;)

Au plaisir.
Eska

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