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EskaWorld

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Culturellement indépendant


Là-Haut, on s'envole, on plane et on ne redescend pas de sitôt...

Publié par Eska sur 8 Avril 2012, 21:40pm

Catégories : #Cinéma

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Là-Haut
Pete Docter & Bob Peterson
(2009)

Carl est un vieil homme grincheux qui vit seul dans sa petite maison après la mort de sa femme. Mais pour éviter que celle-ci ne soit rasée, Carl décide de partir avec elle et tous ses souvenirs, parmi lesquels son voeu le plus cher, une promesse faîte à sa femme lorsqu'ils étaient enfants : rejoindre l'Amérique du Sud. Cet ancien vendeur de ballons à l'hélium va devoir ressortir tout son stock pour permettre à sa maison de s'envoler dans les airs pour un voyage qui lui réservera bien des surprises.

Emouvant, touchant et drôle, voilà les 3 mots qui pourraient résumer ce Pixar. Carl, c'est un peu nous-même, c'est un personnage esseulé après une vie qui n'a pas toujours été rose, et qui a préféré se contenter de ses souvenirs plutôt que de les oublier. Mais derrière ce bonhomme grincheux aux traits durs se cache un simple petit garçon, celui que l'on a tous enfoui au fond de nous même pour devenir des adultes matures. Aussi c'est avec beaucoup d'émotion que nous voyons ce vieillard réaliser son plus grand rêve d'enfant, rêve qu'il avait promis à sa femme par un signe de croix, comme on a pu le faire si souvent étant jeune en se disant plus tard que finalement, ce n'était pas si grave que ça si ça ne fonctionnait pas... Mais Carl quand à lui décide de réaliser coûte que coûte ce rêve et d'aller là où nous-mêmes ne sommes jamais allés.
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Tout commence par un rêve d'enfant justement, celui d'un spectateur, un jeune garçon passionné d'aventures et qui va se projeter dans la peau de son héros, le célèbre Charles Muntz, pilote et inventeur de génie, rejeté de ses pairs élitistes et renfermés sur les nouvelles découvertes du passé. Mais pour Carl, seul compte la soif d'aventure et de voler haut dans le ciel jusqu'au Chutes du Paradis, là où Charles Muntz est reparti à la conquête d'une créature d'une nouvelle espèce.

Puis très vite, ce jeune garçon devient grand, devient homme. Et le quart d'heure suivant nous invite à voir sa belle vie aux côtés de sa femme, une amie d'enfance avec laquelle il a partagé la même passion. Mari tendre et dévoué, nous découvrons ce couple évoluer comme nul autre. Des joies des premières heures de mariage, de la construction de leur maison, jusqu'à leur envie de bébé, pareil à un rêve paradisiaque que seul le ciel peut exaucer. Mais les événements ne tournent pas comme ils le souhaitent. Ce simple fait, aussi "immoral" soit-il pour une comédie d'animation, est un gage de réalisme et surtout de maturité envers ce genre de film. Finies les histoires sans accrocs, ici place à la réalité des choses (ou presque). Mais comme tout ne doit pas être noir, Carl, super mari aimant, parvient à rendre le sourire à sa femme et en lui rappelant sa promesse de voyage. S'accrocher à ses rêves, voilà le message du film.
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Carl, ce vieux bonhomme est fascinant. Lui qui apparaît comme un enfant silencieux, cache en fait un énorme coeur. Malgré son côté anti-héros, nous sommes prêts à le soutenir du début à la fin, que ce soit dans les coups durs que pour les meilleurs moments. Son histoire est fascinante également, lui qui semblait avoir perdu l'illusion, la pousse à l'extrême. Le voir tirer sa maison dans la jungle rappelle que chaque promesse peut être un fardeau, mais cette maison étant l'accumulation de ses souvenirs, d'une vie entière et d'un être cher, alors elle prend un sens tout autre, elle est la matérialisation de cette vie. Carl tire son passé, un passé qu'il ne peut oublier, un passé avec lequel il refuse de faire la paix pour vivre dans le présent, et lorsque Carl découvrira le dernier message de sa femme, alors cette maison, ce passé, ne sera plus pour lui une priorité. Séquence émouvante qui nous transmet un message bien plus important que le premier : ce qui compte, c'est le présent.

Pixar, en plus de nous offrir une comédie d'animation, nous offre également un véritable film d'aventure dépaysant. De même que Wall-E s'inspirait des plus grands films de science-fiction, Là-Haut nous rappellera ces films des années 30 à nos jours, de King Kong au Monde Perdu, avec des références plus ou moins directes. Il nous replonge dans cette époque où les récits considéraient les scientifiques et les aventuriers, souvent imbus d'eux-mêmes, comme des êtres maléfiques. Charles Muntz, c'est un peu le Comte Zaroff et le Docteur Moreau réunis, héros diégétiques craints et admirés, Muntz utilisant des chiens, qu'il est parvenu à faire parler, pour effectuer toutes les tâches du quotidien. Son dirigeable rappellera aussi le sous-marin du Capitaine Némo avec ses couloirs étroits dénué de décoration et son musée de la faune des mondes inconnus qu'il a exploré.
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L'affrontement entre Carl et Muntz est intéressant à analyser : à travers ses gags hilarants, notre héros se voit affronter son propre héros. Un héros qu'il n'a plus besoin de devenir, lui-même ayant trouvé sa place dans le monde. Il cherche aussi à sauver un oiseau et ses petits. Ce faisant Carl offre la possibilité qu'il n'a jamais eu, comme s'il prenait sa revanche sur son malheur passé. Mais son affrontement avec Muntz pourrait aussi révéler un aspect fort de la prise de pouvoir des vieilles générations prêtes à tout pour leur popularité. Carl étant hors jeu puisqu'il s'exprime avec son coeur d'enfant, Muntz devient une figure populaire qui cherche à s'imposer par la force plutôt que par le charisme. Bon, c'est pousser l'analyse un peu loin, mais cet affrontement entre un homme et son héros n'est pas anodin, le héros étant celui que l'on doit admirer et non pas combattre...

L'histoire de base entre le petit garçon et le vieux Carl me paraît subitement plus légère. Bien que cela soit aussi l'essentiel du film, je me rends subitement compte qu'en fait, ce n'est pas ce que j'en retiens le plus. Il s'agit d'une balade entre un personnage renfermé et un jeune ouvert, là aussi belle critique des vieilles générations sur les jeunes. Ce duo marque aussi le double sens du récit : les enfants s'identifieront plus facilement à Russell tandis que les adultes se verront plus en Carl. L'aventure est ainsi donnée à chacun, et libre à chacun de choisir à quel personnage s'identifier. Pour Carl, Russell n'est autre que le fils qu'il n'a jamais eu et qui lui permet de revivre ses aventures de jeunesse. Il n'est pas l'élément déclencheur, mais simplement celui qui va compléter les désirs de Carl, telle son ombre, car c'est bien là ce qu'il est, l'ombre de Carl, sa représentation enfantine. D'ailleurs Russel et Carl ne seraient-ils pas une seule et même personne, résurgence de la jeunesse de Carl alors que son rêve devient réalité ?
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Mais il ne faut pas oublier que Là-Haut est aussi une véritable comédie. Et alors là c'est du pur bonheur : une heure et demi de gags visuels et auditif, des chutes au combat épique entre 2 vieillards qui se retrouvent bloqués au moment de porter un coup décisif, ou à des voix de personnages auquel on se s'attend absolument pas sur le moment. Là-Haut se rapprocherait même plus du film burlesque façon Chaplin ou Keaton avec ses comiques de situation et cette ingéniosité magnifique, à la fois étrange et amusante, de faire s'envoler cette maison survolant les toits, avec un grand lâcher de ballons par la cheminée, le tout sur une musique d'accompagnement de Michael Giacchino qui rappelle justement ces airs des années 20 accompagnant les films muets.

Au final, Là-Haut nous transporte vraiment loin dans le bonheur et nous laisse sur un petit nuage. Drôle, émouvant et d'une grande qualité, c'est une véritable leçon de cinéma qui nous est parfois donné. L'un des seuls films à nous faire passer des rires aux larmes aux rires aussi rapidement !

 

 

Et un petit cadeau bonus : Là-Haut en vrai ! National Geographic et une poignée de scientifiques ont réussi à donner vie au rêve de Carl (et de Pixar) en recréant un modèle réduit de la maison de Carl soulevé dans les airs grâce à quelques centaines de ballons. L'effet est saisissant ! Plus d'infos sur la conception : Maison de Là-Haut en vrai !

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D'autres pilotes inspirés tentent quand à eux de tricher un peu, mais avouez que c'est la classe quand même !

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