Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

EskaWorld

EskaWorld

Culturellement indépendant


Omar m'a tuer, une condamnation abusive ?

Publié par Eska sur 26 Juin 2011, 07:30am

Catégories : #Cinéma

omar.jpg

 

Omar m'a tuer

 

Roschdy Zem

 

2011

 

1991. Omar Raddad est arrêté par la police pour le meurtre de Ghislaine Marchal. La victime agonisante aurait inscrit avec son sang le nom de son agresseur dans une phrase "Omar m'a tuer". Omar est un jardinier marocain, père de famille illéttré, vivant en France. Il est la seule connaissance proche de la victime à porter ce nom, et pour la justice, il n'y a aucun doute, il est le coupable.

1994. Le verdict tombe, Omar écope de 18 ans de prison alors qu'il continue de clamer son innocence. Révolté par cette décision, l'auteur Pierre-Emmanuel Vaugrenard, décide de se lancer dans une contre-enquête pour mettre en avant tous les éléments d'ombre et les défauts de cette enquête visant à condamner le jardinier.

 

Retour sur une affaire médiatique qui a fortement bouleversé les années 90. Et il est bien difficile d'en parler sans tomber dans un discours politique tant le parti pris de Roschdy Zem est évident et poignant. Aucun doute : Omar Raddad est innocent, les accusations ne porte sur rien, de nombreux détails ont été oubliés pendant l'enquête et la justice française commet une très grave erreur dont elle peut avoir honte. Pourtant, à la lecture du film, le réalisateur n'accuse à aucun moment la Justice ou la France. Et c'est ça le véritable tour de force du film, c'est qu'il ne vise pas à accuser la Justice, ou le véritable coupable de cette affaire, mais à montrer comment l'accusé a vécu ce moment pénible tout en insistant sur son innocence.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/64/71/19725837.jpg

Pour cela, il décide de rentrer au coeur de l'affaire et de ses personnages. D'un côté, l'intimité d'un homme en 1991 qui essaie tant bien que mal de se faire comprendre alors qu'il ne maîtrise pas le français, de l'autre, le travail acharné d'un auteur en 1994 qui reprend les éléments clés de l'enquête pour démontrer qu'Omar n'est pas coupable. Deux hommes qui cherchent la même vérité en des temps différents, deux hommes qui ne se rencontreront que bien plus tard lors de la libération d'Omar, deux hommes que tout oppose sauf leur combat pour ce qui serait la vérité et non celle du jugement. Les acteurs jouent avec une justesse d'interprétation telle que l'on revit pleinement ces moments déjà vus pour certains.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/64/71/19653092.jpg

A de nombreuses reprises, la salle a gémis de désespoir tant les données montrées semblaient idiotes. Données en faveur de l'accusé mais vite retournées contre lui, accusation sans présomption d'innoncence, et ces petites phrases malignes qui semblent montrer d'avance que le sort de l'accusé était déjà décidé. Tout au long du film, on nous fait croire à un espoir, sentiment renforcé par notre connaissance de la fin (Omar Raddad a été libéré en  1998), et le plus difficile est de voir comment cet homme a tenté le tout pour le tout pour se faire entendre. Déjà mis à mal par une grève de la faim, la scène la plus troublante reste sa tentative de suicide où l'homme, face caméra, avale une lame de rasoir, provoquant un sentiment profond d'impuissance face à lui.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/64/71/19725834.jpg

Est-ce que Omar Raddad est innocent ? La question attend toujours une réponse. Est-ce que la Justice française est pourrie ? Si aucune accusation n'est portée à son encontre, on pourrait être tenté de dire oui. Est-ce que la France est un pays raciste ? Le mot ne sort qu'une seule fois à l'écran et dans un contexte totalement différent. Si l'un des défauts de ce film pour certains serait le parti pris de Roschdy Zem, l'autre serait la superficialité de l'histoire. A vrai dire, Roschdy Zem ne s'est pas lancé dans une nouvelle contre-enquête, il a simplement entrepris de résumer quelques faits troublants mais sans plus. Le film n'est pas une croisade à lui seul pour prouver l'innocence d'un homme, mais un compte-rendu pour remettre l'affaire au goût du jour et inciter les gens à s'intéresser de nouveau à cette affaire alors qu'un nouveau jugement est sur le point d'avoir lieu. Nous sommes donc loin d'un Mesrine (Jean-François Richer, 2008) en 2 parties, et c'est peut-être ce qui est dommage.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/64/71/19725838.jpg

Au final, Omar m'a tuer est un film poignant et dur. Un film qui insiste sur le vécu d'un homme désigné mais que tout innocente avec un parti pris très fort de son réalisateur. Quoiqu'il en soit, il ne donne pas une belle image de la Justice française.

 

Commenter cet article

Luna 27/06/2011 09:28


Un film que j'aimerais bien voir...
Dès que c'est véridique et qu'il y a de l'injustice, je suis partante pour râler, du coup ce genre de film est forcément le genre d'histoire qui me fait m'emballer !

Merci d'être passée :)


Eska 27/06/2011 09:32



Dans un genre similaire, il y a Juste Cause avec Sean Connery qui est pareil un écrivain qui vient enquêter sur la condamnation d'un jeune homme qui est accusé à tort de viol d'une fillette, ou
encore Hurricane Carter que j'aime beaucoup, avec Denzel Washington et qui relate l'histoire d'un boxer injustement condamné et qui voit son procès remis en cause par une famille d'accueil
canadienne qui est tombée sur son livre par hasard.


Perso, j'adore quand ça se passe dans les tribunaux et que les mecs font leur plaidoirie, genre ce n'est plus une question de faits mais une question de mots pour condamner ou libérer quelqu'un.



Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents