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EskaWorld

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Culturellement indépendant


A l'arrivée des Valois - Le début des crises

Publié par Eska sur 15 Novembre 2010, 19:42pm

Catégories : #Histoire

Introduction : L'Histoire de France au rythme du Métronome

 

De Maubert-Mutualité à Hôtel de Ville

XIIIe et XIVe siècle

 

26. Les collèges de la rive gauche

(Article précédent : L'Enceinte de Philippe Auguste sur la rive gauche)

 

 

 

De retour dans les rues de Paris, me voilà parti à la recherche des grands collèges parisiens d'autrefois. Et pour cela, rien de tel que de se perdre dans le dédale de rues à proximité de la prestigieuse Sorbonne. Premier arrêt à la station Maubert-Mutualité, là où sont nés les premiers étudiants au XIIIe siècle.

 

En fait, il faut savoir qu'à cette époque, les études étaient dictées par la religion, aussi, tout était selon les bonnes moeurs chrétiennes de l'époque. Les professeurs d'alors étaient limités dans leur pratique d'enseignement, et certains domaines leur étaient même interdits comme la médecine, et tout ce qui pouvait mettre en doute les précepts religieux. Aussi, certains professeurs voulaient s'éloigner des leçons de l'Eglise pour élargir leur champ d'action. C'est ainsi qu'une certain Maître Albert se mis à enseigner dans les rues de la rive gauche. La Place Maubert actuelle ne paie pas de mine, mais c'est par-là que les nombreux étudiants se réunissaient pour écouter la parole du Maître. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'une petite rue juste en face porte son nom. Sur la photo, on peut voir que ce lieu reste sous l'oeil vigilant de Notre-Dame, à gauche.

collèges (1)

collèges (2)Un peu perdu dans toutes ces rues, je ne sais plus quelle direction prendre pour rejoindre ce qu'il reste des différents collèges. Je commence par celui de la rue Jean-de-Beauvais où l'église des Saints-Archanges fait toujours sa place entre des immeubles plus modernes. C'est vrai que ça donne une impression bizarre, comme si elle avait perdu de sa splendeur mais qu'elle y gagnait en même temps d'être ainsi posé comme ça au milieu du reste. La chapelle est ce qu'il reste du collège de Dormans, fondé par Jean de Dormans, évêque de Beauvais et chancelier de France. Désormais il s'agit d'une église roumaine orthodoxe.

 

Je continue pour rejoindre la rue des Carmes où subsistent le Collège de Presles. C'est drôle de voir cette architecture particulière au milieu de la rue avec sa terrasse et ses fenêtres. En fait ce collège a été fondé avec celui de Laon par Guy de Laon, et il se trouve exactement derrière l'ancien collège de Domans dont je parlais juste avant. Si une carte vous permet de le voir aisément, cela est moins facile de la rue.

collèges (3)

collèges (4)Je remonte la rue un peu plus haut pour trouver, enfermée dans une petite cour, ce qu'il reste de la chapelle de l'ancien collège des Lombards. Son nom est une référence à la Lombardie, une région italienne, car c'est de là que provenaient ses étudiants. En fait, le nom initiale de ce collège aurait été la "Maison des pauvres escholiers italiens". Devenu ruine, il fût réhabilité en Collège des Irlandais par des prêtres irlandais au XVIIe siècle. La chapelle que l'on peut voir est désormais une mission catholique syrienne.

collèges (7)

 

Je rejoins l'Eglise Saint-Nicolas du Chardonnet qui montre une façade très propre, restaurée il y a peu, tandis que les murs latéraux et le clocher sont dans un piteux état. Mais c'était pour rejoindre l'un des plus célèbres collèges de cette époque : celui des Bernardins. Si l'extérieur donne l'impression d'une institution assez moderne, bien qu'il s'agisse d'une architecture médiévale, elle a été plutôt bien restaurée, l'intérieur l'es également. Le hall d'entrée est une longue salle gothique de 35m de long. La plus grande de Paris. Je ne me suis pas lancé dans la visite, ayant entendu dire par une passante que la visite guidée durait 2h, si je voulais la faire comme il faut, j'aurais mis certainement beaucoup plus de temps, et il me restait encore de la route à parcourir.

collèges (6)

J'ai alors rejoint la Sorbonne, mais comme pour toute université, difficile de dire où se trouve l'entrée principale. En face de ce bâtiment plus qu'imposant se tient un monument d'articture assez particulier : le musée du Moyen-Âge de Cluny. Il faudra que j'aille le visiter un jour, car il a l'air très intéressant. Pour en revenir à la Sorbonne, je n'ai pas cherché à passer les gardiens qui surveillent chaque entrée, demandant les cartes étudiantes de tous les jeunes qui se précipitent à leur cours. Une prochaine fois peut-être. La Sorbonne a été fondée par Pierre de Sorbon en 1257. Et si cette université est si prestigieuse, c'est parce que son fondateur a davantage cherché à former l'esprit critique et intellectuel des étudiants plutôt que de chercher à les enrôler dans une forme religieuse.

collèges (9)

collèges (8)

La Sorbonne devint le siège de l'université après l'église Saint-Julien-le-pauvre, vous vous souvenez ? Cette petite église derrière le Square Viviani à proximité de Notre-Dame. Si la façade actuelle date du XVIIe siècle, on peut encore voir des vestiges de la façade d'époque. Initialement, c'est dans cette église que siéga le recteur de l'université. A proximité, on retrouve la rue du Fouarre où les étudiants venaient écouter les leçons, assis sur des ballots de paille, probablement aussi les premiers poèmes de Dante Alighieri, connu pour sa Divine Comédie.

 

Il fallait en vouloir pour gravir ces petites rues jusqu'à ces collèges. Beaucoup d'entre eux permettaient de loger des étudiants qui n'avaient pas les moyens de payer des chambres. Et toute partie de Paris, qui s'étend de la Sorbonne jusqu'à Cardinale Lemoins était le repère des étudiants. Très vivant le jour, avec les nombreux cours et discussions qui y avaient lieu, très sinistre le soir où bon nombre d'histoires ont circulé sur les étudiants qui pillaient et séduisaient à tout va pour assouvir leur pulsion. D'ailleurs, quand on lit ce chapitre du Métronome, il nous vient une sorte de malaise de déjà-vu. En effet, Deutsch aborde la révolte des étudiants après que la régente, Blanche de Castille, ait accusé les étudiants d'être responsables des affrontements qui eurent lieux dans le quartier entre étudiants et bourgeois. Celle-ci envoie ses archers punir les étudiants qui passaient, sans se soucier de leur culpabilité ou non. Dès lors, une révolte eut lieu : professeurs et étudiants arrêtent de travailler. La plupart vont même jusqu'à s'exiler dans les pays alentours pour poursuivre leur enseignement. Il faudra attendre 2 ans avant que la régente revienne sur ses décisions et que les collèges reprennent leur service. Une situation qui trouve un écho d'autant plus fort aujourd'hui avec les blocages des universités, un concept qui ne date finalement pas d'hier, ni de mai 68...

 

ll existait encore énormément de collèges, mais tous n'ont pas survécu. Beaucoup d'entre eux ont fusionné et la grande majorité a disparu avec les réaménagements de Paris. La rue des Ecoles et un peu plus bas la rue Monge et le Boulevard Saint-Germain, ont fait disparaître énormément de bâtiments de cette époque. Si aujourd'hui il en reste quelques vestiges, et même plus que je n'en ai cité, les autres gardent peut-être encore quelques secrets dans le sous-sol parisien. Mais pour le moment, seul le nom des rues rappellent toute cette histoire de la naissance de l'université.

 

Chapitre suivant : Aux alentours de l'Hôtel de Ville

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Jérémy Zucchi 20/11/2010 11:15


Très intéressant ! Ton commentaire à la fin montre bien que l'Histoire est quelque chose qui s'écrit toujours au présent, car on vit ses conséquences bien que beaucoup de choses aient changées. Il
faut prendre garde aux analogies faciles, mais des faits sont là pour montrer le lien clair entre un passé lointain et notre présent.


Eska 20/11/2010 18:17



Ouais, pourtant j'ai lu ce chapitre fin août quand j'ai décidé de faire une pause, mais à l'époque ça ne m'avait pas frappé, alors que là j'avais la vision de ces gamins lyonnais qui fracassaient
les vitrines des magasins...


D'ailleurs on se demande de quoi ils se plaignent quand ils se prennent les lacrymos, car à cette époque, la régente avait ordonné aux archers de leur tirer dessus, donc c'était plutôt cours ou
crève.... (tiens, un jeu de mot marrant sans le vouloir lol)



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